Depuis quelques jours, le froid s’est abattu sur la vallée avec la précision d’un tueur. La bête est brutale, sans merci. Elle a entrepris de figer les eaux du lac, transformant le clapotis en une dalle de goudron translucide, une prison de verre sombre où l’air reste piégé en bulles agonisantes. Elle se venge d’avoir été tenue à distance par la douceur des derniers automnes ; elle revient restaurer son règne de terreur. L’assaut est total. Le givre ne se contente pas de tomber : il mord, il se fait dague, il transperce. Les plantes sont les premières victimes, saisies au cou par ce baiser de glace qui les change en statues cassantes. On sent que ce n’est qu’un coup de semonce : d’autres épisodes, plus cruels encore, achèveront de pétrifier le paysage. Mais la bête est orgueilleuse. Pour que nul n’ignore son retour, elle prend le temps de signer son crime. Ce brin d’herbe, hérissé de fils de verre, est le sceau dont elle marque le silence pour signifier que la vie a perdu la partie. L’hiver règne à présent.
Sewen, le 31 décembre 2025