Malgré son état de décrépitude avancé, ce papillon peut être identifié comme un myrtil, dit massiola, grâce à quelques détails subsistants. Le critère le plus probant est la présence d’un gros ocelle noir pupillé de blanc sur un fond orange-fauve de la face inférieure de l’aile antérieure. La couleur brun-grisâtre et terne de l’aile postérieure, sans gros motifs supplémentaires, confirme également ce diagnostic. Ce spécimen raconte une histoire intense. L’usure extrême et les déchirures profondes de ses ailes témoignent d’une longue vie d’imago passée à voler, à chercher sa nourriture et à se reproduire. Chaque accrochage, chaque impact sur les bords déchiquetés, révèle de nombreuses péripéties et des échappées belles face aux prédateurs, l’ocelle ayant sans doute servi de fausse cible salvatrice. La décoloration, par ailleurs, indique une exposition prolongée aux éléments, achevant le cycle de vie de l’insecte. Et ce spectacle nous inspire une double émotion. D’une part, la compassion nous étreint devant la fragilité et la fatigue visibles de cette petite créature. D’autre part, un immense émerveillement naît de sa résilience et de son accomplissement. Ce spécimen, posé sur l’herbe sèche, symbolise l’achèvement d’un cycle complet et nous rappelle avec éloquence la force vitale qui anime même le plus petit des êtres, jusqu’à son dernier souffle.
Les Octrois, le 9 septembre 2025