Canon

Sur cette lisière où le temps vacille, l’hiver ne tombe pas du ciel, il s’invente. À droite, la forêt s’attarde encore dans l’ambre d’un automne qui n’en finit pas. Le soleil de l’après-midi caresse l’herbe rousse et l’écorce nue, témoignant de la douceur d’un monde qui refuse de geler. Mais à quelques pas de là, la machine gronde et défie le calendrier. Sous le souffle puissant des canons, l’arbre devient une statue de cristal. Prisonnier d’une armure de givre, il ploie sous un fardeau de diamants artificiels, vivant l’hiver d’un seul côté de son tronc. Au sol, l’« or blanc » s’accumule en formes baroques, congères de glace sculptées par le vent et la buée, massifs arrondis qui semblent d’une blancheur presque irréelle face à la terre sombre. Le filet rouge, seule balafre humaine dans ce décor, délimite l’espoir : celui de voir la saison enfin blanchir. En attendant que les nuages tiennent leur promesse, l’homme façonne son propre givre, créant ce paysage singulier où deux mondes cohabitent, séparés seulement par un nuage de vapeur froide.

Le Ballon d’Alsace, le 31 décembre 2025