Le pigeon qui courtise la statue est un pigeon des villes (Columba livia domestica). Il présente le plus souvent un plumage gris, avec des ailes barrées de noir et des reflets irisés vert-violet autour du cou. S’il conserve la morphologie puissante d’un voilier hors pair, ses variations de couleur allant du blanc pur au moucheté trahissent son histoire génétique complexe. Cet oiseau urbain est le descendant direct du pigeon biset sauvage, originaire des falaises rocheuses. Sa présence en ville résulte d’un phénomène de domestication (il y a plusieurs millénaires, pour la chair et la messagerie) suivi d’un retour à l’état sauvage, appelé marronnage. L’architecture urbaine, avec ses corniches et cavités, a parfaitement remplacé les falaises ancestrales, faisant du pigeon un champion de l’adaptation au milieu humain. Cette transformation a eu des conséquences notables. Les pigeons ont relâché la pression de sélection sur les performances physiques extrêmes (vitesse, endurance) au profit de la tolérance et de l’opportunisme alimentaire. En troquant la fuite face aux prédateurs pour l’accès aisé à la nourriture, ils sont devenus des maîtres de la résilience génétique en milieu anthropisé.
Verneuil sur Avre, le 27 septembre 2025