Les vastes marais du Cotentin et du Bessin, terres d’hivernage pour une multitude d’oiseaux d’eau, révèlent aux détours des routes de nombreux plans d’eau. Ces lieux sont souvent le théâtre de la chasse au gibier d’eau, pratiquée depuis des abris camouflés que l’on nomme les gabions. Pour attirer canards et sarcelles à portée de fusil, les chasseurs déploient un arsenal sophistiqué, combinant oiseaux appelants vivants et leurs équivalents inanimés, les leurres ou « blettes », disposés stratégiquement pour simuler un rassemblement paisible. Pourtant, la faune locale n’est pas dupe de tous les stratagèmes. Sur l’une de ces mares, une scène hilarante se déroule : les mouettes rieuses et un goéland plus grand ont tout simplement pris possession du territoire. Leurs fientes maculent le dos des leurres en plastique, ces formes sombres étant devenues, pour les laridés, de parfaites plateformes d’« appontage » et de reposoir. Ces postes de guet involontaires offrent un point de vue idéal sans avoir à se fatiguer à nager. Une fois de plus, les oiseaux nous rappellent qu’ils sont moins bêtes que ne le pensent les humains.
Les marais du Bessin, le 2 octobre 2025