Il n’y a rien à faire ! Tôt ou tard, la véritable nature des choses finit toujours par se dévoiler. Ce qui est vrai chez les humains, ces ingénieux dissimulateurs, l’est également dans la nature. L’arbuste, qui en cette journée ensoleillée d’automne exhibe de magnifiques couleurs rouge pourpre, ne cache plus sa soif. Le roncier est avide de sang. Dès le printemps, il forge ses armes, perfectionnant son arsenal pour être performant tout au long de la saison. Ses griffes acérées, qui ornent ses tiges, ne font pas de sentiment : elles agrippent, arrachent, déchirent tout ce qui ose se frayer un chemin sur son territoire. Combien de mains innocentes s’y sont ensanglantées, accompagnées de sanglots enfantins ? Combien de « petites bêtes » ont été lacérées ou accrochées sur ce lardoir d’occasion par un écorcheur de passage ? Aujourd’hui, en guise d’apothéose, il affiche au grand jour sa soif d’hémoglobine. Ses feuilles cramoisies hurlent leur fureur passée. Dans quelques jours ou quelques semaines, tout aura disparu, emporté par le temps qui efface tout, avant de recouvrir la scène de crime d’un grand linceul blanc.
Le Rothmoos, le 10 octobre 2025