Corneille

Maître corbeau, juché sur le faîte métallique d’une clôture, tourne ostensiblement le dos à une femelle tarier pâtre. Pourtant, cette dernière est loin d’être de taille à lui faire de l’ombre. Sa présence à ses côtés n’en est pas moins une aide précieuse pour l’analyse. Examinez bien la scène ! L’oiseau au premier plan pose fièrement dans son habit d’anthracite irisé. Il semble miser sur la taille impressionnante de son bec pour se faire passer pour un grand corbeau. Torse bombé, regard fixe, il est sûr d’en imposer. Malheureusement, il a négligé quelques détails cruciaux. Son bec, bien que robuste, ne présente pas l’aspect excessivement massif, long et fortement busqué qui caractéristique son illustre « mentor ». De même, alors que le grand corbeau arbore souvent des plumes de la gorge longues, pointues et hérissées (le fameux « pantalon » gulaire), notre profil est désespérément lisse. Nous pourrions encore avoir quelque doute, mais c’est l’oiseau de l’ombre qui va faire pencher la balance. Le corvidé est manifestement plus grand que le tarier pâtre, mais il n’atteint pas le ratio de taille de cinq pour un qu’exigerait la présence d’un grand corbeau. L’imposteur est donc bien une corneille noire. Si les deux espèces se rencontrent en plaine, le grand corbeau est avant tout un hôte des zones ouvertes, accidentées ou montagneuses. La corneille noire, elle, est très commune dans les environnements agricoles et périurbains. Sans doute a-t-elle envie, le temps d’une photo, de prendre sa revanche sur la fable.

Baldersheim, le 15 octobre 2025