La photographie est une invention fascinante. Elle permet de figer des instants de vie qui passeraient autrement inaperçus. Là où le cinéma s’appuie sur une succession d’images pour recréer le mouvement, la photographie capture une scène qui ne dure qu’une fraction de seconde. C’est ici qu’opère sa magie : ce qui était fuyant se fige, est mis en pleine lumière et révèle son essence. Pour illustrer ce propos, prenons ce canard colvert. En mouvement, la scène est banale : la vidéo nous montrerait l’eau qui jaillit de partout, de grandes gerbes qui pourraient laisser penser que l’oiseau lutte avec son élément. La photographie, en revanche, révèle un colvert souverain, quasiment immobile, littéralement saisi dans une gangue de glace et de lumière. Le point de vue change : celui qui semblait soumis aux éléments en devient le maître et brise le carcan de verre qui le recouvrait.
La Petite Camargue Alsacienne, le 3 novembre 2025