Les linottes mélodieuses ont deux modes de vie distincts. On connaît la phase solitaire, ou plutôt familiale. C’est chacun pour soi : on a assez à faire pour ne pas avoir à s’occuper des autres. Et puis, il y a la phase grégaire, qui démarre à la fin de l’été. S’enchaînent alors de grandes envolées spectaculaires pour des groupes constitués de plus d’une centaine d’individus. C’est précisément ce qui s’est produit près d’un champ de carottes. Les linottes y avaient repéré des herbes que nous qualifions de « mauvaises », mais qui font leur bonheur, regorgeant de graines par ce temps de disette. Effarouché par l’arrivée d’un randonneur, le groupe s’est éclipsé, a effectué plusieurs tours de pistes dans le ciel avant de finalement revenir sur le lieu de la cueillette. On aurait aimé être l’un d’eux pour comprendre ce qui a motivé la décision de se reposer exactement au même endroit. C’est précisément le moment le plus délicat : il leur faut réduire la vitesse, se mettre résolument à la verticale, choisir le bon point de réception, manœuvrer en utilisant l’intégralité du plumage et se poser sans à-coup, avec un parfait équilibre. Manifestement, la prise de risque était calculée. Une fois au sol, on ne distinguait presque plus de mouvement. Toutefois, un seul garde restait posté sur le haut d’une tige pour sonner l’alarme en cas de besoin.
Baldersheim, le 27 novembre 2025