Eloge d’un vieil arbre

L’éloge funèbre est une tradition lors d’un enterrement ou d’une crémation. C’est une manière d’honorer la mémoire du disparu, tout en réconfortant les survivants quant au sens que l’on peut donner à la vie. La disparition d’un arbre ne suscite jamais une telle démarche ; tout au plus un article de presse rend-il compte de la destruction de cet être vivant par un vandale qui a voulu s’attaquer à un symbole. Pourtant, on aurait des choses à dire sur la longue vie d’un arbre, de celui-ci, par exemple, qui a connu une belle fin. Il est difficile en l’état de déterminer avec exactitude sa véritable identité. L’écorce ressemble à celle d’un chêne, à moins que ce ne soit celle d’un peuplier d’Italie. L’état de décomposition avancée du bois ne permet pas de lever le doute. Cet anonyme a donc vécu sans connaître le triste sort réservé à nombre de ses voisins : il n’a pas été prélevé pour en faire du bois de charpente ou de chauffage. Si les branches témoignent d’une grande fatigue et d’une mort sur pied, le tronc a tenu jusqu’aux limites de ses forces. C’est de l’intérieur qu’a été mené le travail de sape par les champignons et tous les organismes nécrophages. Peut-être le coup de grâce a-t-il été porté par l’un des violents coups de vent qui ont balayé la région durant cette année. Mort, il est cependant encore au service de la vie, car il sert de refuge à toute une armée d’insectes qui réalisent ici une étape de leur transformation.

Réserve naturelle de l’Eiblen et de l’Illfeld, le 5 décembre 2025