la pause méridienne

Depuis le temps qu’il côtoie les hommes — à distance, certes — le pic vert a fini par percer leur secret. Il sait qu’ils marquent une pause aux alentours de midi pour se sustenter. C’est pour lui l’heure propice : celle où il peut patrouiller tranquillement dans les jardins et inspecter les arbres fruitiers. Il faut dire qu’en hiver, la nourriture se fait rare au ras du sol : les fourmis dont il raffole se sont repliées en profondeur pour échapper aux rigueurs de la saison. Posté sur sa branche, il observe l’animation de la gente ailée autour des mangeoires. Peut-être y trouvera-t-il de quoi apaiser la faim qui commence à le tirailler ? Il serait imprudent d’entamer ses réserves de graisse avant les grands froids de février. Pour l’instant, même s’il lui faut jeûner quelques heures, aucune urgence vitale ne le pousse à cette ultime extrémité. Par prudence, il se contente de limiter ses grandes envolées, si gourmandes en énergie. On aurait presque envie de lui souffler à l’oreille qu’il est ici chez lui. C’est une joie véritable que de partager son élégante et vive présence à nos côtés.

Baldersheim, le 20 décembre 2025