Le lac

Il y eut une nuit, il y eut un matin. Ce fut le dernier jour de l’année… Mais au commencement, aucun détail ne ressortait de l’obscurité, aucune forme ne se manifestait. Il fallait que la lumière fasse irruption dans le tableau pour lui donner vie. Ce sont les premiers rayons du matin qui ont opéré cette transformation. Rasants, ils ont accroché les cristaux de glace suspendus à chaque branche. La gangue de givre qui recouvrait les ramures a transformé les aulnes et les bouleaux en autant de luminaires, dont la blancheur contraste avec la profondeur sombre de la forêt en arrière-plan. À la surface du lac, une patinoire éphémère est en construction. La glace, encore fine et translucide par endroits, progresse depuis les berges vers le centre. Le tracé sinueux de ses bords laisse deviner le sens des courants et la persistance des résurgences thermiques qui font de la résistance contre le gel. Ces lisières blanchies par l’air froid servent de balises aux derniers oiseaux d’eau ; les hérons et les cormorans y cherchent les ultimes trouées pour atteindre le fretin qui s’enfonce vers les couches plus denses et moins froides du fond. C’est une course contre la montre. La fermeture totale de la surface, prévue pour les prochaines heures, marquera le début d’un sévère temps de jeûne. Sous cette dalle de verre qui s’épaissit, le métabolisme de la vie aquatique ralentira, attendant que le soleil, à nouveau, vienne briser ce couvercle de cristal.

Le lac de Sewen, le 31 décembre 2025