La scène feint la banalité. Sous son apparente sobriété, elle dissimule pourtant la tension d’un secret qui refuse de se livrer. Il faut se concentrer pour entendre ce que ces formes noires ont à nous dire. Ici, le monde est scindé en deux. D’un côté, une nuit d’encre qui s’accroche aux versants comme une bête tapie ; de l’autre, une clarté exsangue qui tente de percer l’horizon. La ligne de crête, hérissée de silhouettes de sapins et de feuillus, ressemble à une colonne vertébrale pétrifiée. On devine le creux d’une vallée vosgienne, non par la vue, mais par cette sensation d’oppression et de repli que seul le relief impose aux premières heures. Le ciel est un théâtre d’attente. Cette lueur pâle à l’Est n’est pas encore une promesse, c’est une intrusion. Plus haut, une balafre de lumière artificielle – la trace d’un avion – rappelle que l’homme a brisé le pacte du silence et s’est affranchi des cycles naturels. C’est une présence fantomatique, un trait d’union entre l’insomnie des villes et la solitude des sommets. Quelques traînées rosées, semblables à des voiles oubliés, annoncent une fin. Nous sommes à la lisière de l’année. Ce soir, le ciel s’embrasera de feux d’artifice, mais pour l’heure, tout n’est qu’ombre et suspens. Le paysage semble retenir son souffle, comme si l’ultime étape de l’année ne devait pas être célébrée, mais franchie avec la gravité d’un passage vers l’inconnu.
Sewen, le 31 décembre 2025