Le canard et la mûre

L’image classique du canard colvert nous ramène immanquablement aux eaux calmes des étangs, là où l’oiseau s’applique à « faire le bouchon », le postérieur en l’air et la tête plongée dans la vase pour y filtrer sa pitance quotidienne. Pourtant, derrière ce comportement de barboteur méthodique se cache un opportuniste insoupçonné, doté d’un penchant surprenant pour la gourmandise sylvestre. Loin de se cantonner aux seuls herbiers aquatiques, le colvert sait lever les yeux vers les branches des berges pour s’adonner à une forme de cueillette aérienne très surprenante. À la fin de l’été, lorsque les ronces s’alourdissent de mûres bien noires, juteuses et sucrées, l’oiseau n’hésite pas à s’étirer de tout son long, voire à exécuter de véritables sauts en extension pour attraper ces délices suspendus. Ce goût prononcé pour les saveurs sucrées répond en réalité à un besoin physiologique crucial. Les glucides simples des baies offrent un apport calorique immédiatement assimilable, tandis que leurs pigments antioxydants soutiennent l’organisme du canard durant la période exigeante de la mue. En s’invitant ainsi au buffet des fourrés, le colvert bouscule nos certitudes scientifiques et nous prouve que, face à la douceur d’un fruit mûr, la tentation est universelle.

La Petite Camargue alsacienne, le 16 juillet 2026