Gerris

À la surface de l’étang, le gerris défie les lois de la pesanteur, glissant comme un funambule sur une frontière invisible. Ce marcheur de l’extrême patine avec une agilité déconcertante, soutenu par la simple tension de l’onde. Ses longues pattes effilées effleurent le miroir aquatique, y imprimant de minuscules dépressions sans jamais en briser la fragile pellicule. Posté en sentinelle sur les rebords dentelés de la châtaigne d’eau, il partage avec son support végétal une étrange complicité : tout comme lui, la feuille semble dotée de mystérieuses propriétés hydrofuges. L’eau perle à sa surface en billes parfaites, refusant de la mouiller, offrant ainsi au patineur une piste d’envol toujours sèche et un poste d’observation idéal. Chasseur à l’affût, prompt à s’élancer d’un bond fulgurant sur la nappe liquide au moindre frémissement, le gerris règne en maître sur ce royaume des eaux calmes où légèreté et précision sont les clés de la survie.

Le réservoir de Montreux-Jeune, le 20 juillet 2026