Au creux du grand verger, alors que l’été étire ses premières lumières après une nuit de grande douceur, le brocard s’accorde une parenthèse de sérénité. Au pied d’un pommier qui lui offre l’ombre et la protection d’un tronc tutélaire, l’animal s’est façonné un refuge sur mesure. De ses pattes antérieures, il a soigneusement gratté le sol, écartant les brindilles bruyantes pour aménager sa couche dans l’herbe rase et séchée par la chaleur. Calé dans ce cocon végétal, sa robe d’un roux ardent se fond harmonieusement dans les teintes dorées du matin. Ses oreilles immenses, toujours en éveil, restent orientées vers les bruits du verger, mais son corps, lui, abandonne la tension des heures nocturnes. La tête redressée, il entame la rumination de son repas glané sous le clair de lune. Par de légers mouvements circulaires et latéraux, sa mâchoire travaille doucement, laissant deviner ses dents inférieures au rythme régulier de la mastication. Il savoure les pousses tendres et les fruits tombés, apaisé par la fraîcheur naissante. Dans cet instant suspendu, le prince des bois nous offre un extrait rare et pur de son quotidien, dévoilant en toute quiétude la poésie simple de sa vie sauvage.
Ensisheim, Belle Île, le 5 août 2926