Si la racine grecque du mot « batracien » désigne originellement la grenouille, elle s’applique tout aussi bien à cette créature, qu’on ne saurait distinguer du crapaud. Pour son malheur, elle a croisé la trajectoire des roues d’un véhicule en tentant de traverser le chemin pierreux de cette colline du Sundgau. Un soleil de plomb a achevé l’œuvre, ne laissant de son corps qu’une silhouette momifiée, figeant l’instant de son dernier déplacement. C’est là, dans cette macabre mise en scène, que l’histoire se teinte d’ironie. Rappelons que le verbe « crapahuter » est issu de l’argot militaire, dérivé de « crapahute », un exercice de gymnastique ou de reptation pratiqué à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr. Les élèves-officiers s’amusaient alors à prononcer le mot « crapaud » avec une diérèse, en disant « crapaü ». C’est donc au cours d’une ultime manœuvre, en crapahutant sur ce terrain accidenté, que notre malheureux batracien a été anéanti, impuissant face aux forces ennemies motorisées. Sa seule consolation réside dans le fait que sa dépouille aura échappé au festin des oiseaux de passage.
Steinbrunn-Le-Haut, le 27 septembre 2026