Collètes du lierre

Il est pour le moins paradoxal qu’une espèce d’abeille dont la spécialisation s’est enracinée au cours du Quaternaire ait dû attendre la toute fin du XXe siècle pour être authentifiée par la science. Ce fossé temporel abyssal entre son apparition évolutive et sa découverte en 1993 illustre à quel point la biodiversité la plus proche peut parfois échapper à nos regards. Plusieurs raisons expliquent cette cécité scientifique prolongée : la collète du lierre est une « espèce cryptique », morphologiquement presque impossible à distinguer des autres espèces de son genre sans analyses approfondies. De surcroît, le travail des naturalistes a longtemps souffert d’un biais d’observation saisonnier marqué, la grande majorité des inventaires entomologiques se focalisant traditionnellement sur le printemps et l’été. Enfin, la discrétion de son mode de vie souterrain et le repli automnal des prospections de terrain ont longtemps laissé ce monde secret d’insectes à l’abri des regards, prouvant que la nature cache encore bien des mystères juste sous nos yeux.

Les Octrois, le 2 octobre 2026