Chaque mois d’octobre, le ciel de l’Île de Ré devient le théâtre d’un spectacle retentissant avec le retour massif des bernaches cravant. Venues tout droit de la toundra de Sibérie arctique après un périple de plus de 5 000 kilomètres, ces petites oies sombres déferlent en nuées joyeuses pour investir les baies et les marais salants rétais. Ce voyage d’endurance ne doit rien au hasard : à la fin de l’été polaire, les adultes subissent une mue totale de leurs grandes plumes de vol, restant cloués au sol durant un mois. Ce n’est qu’une fois leur voilure entièrement reconstituée que le signal du départ peut enfin sonner. En vol, leur groupe agile s’accompagne d’un bavardage ininterrompu de cris gutturaux qui brise le calme des marées et ne laisse personne indifférent. Tandis que les insulaires saluent en connaisseurs ce signal immuable du changement de saison, les visiteurs s’émerveillent de ces ballets aériens qui ondulent au-dessus des chenaux et des embarcations assoupies. Attirées par les herbiers de zostères dont elles se régalent à marée basse, ces voyageuses du Grand Nord transforment le littoral en un havre vivant et bruissant, où la rigueur de l’hiver naissant s’efface devant la ferveur de la vie sauvage.
La Couarde sur Mer, le 14 octobre 2026