L’accouplement de l’Anthidie à manchettes est une séquence d’une précision chirurgicale qui ne dure que trois à dix secondes. Plutôt qu’une longue parade, le mâle fond en piqué sur la femelle occupée à butiner les fleurs d’hysope. Pour ne pas la blesser lors de l’impact, il l’enlace au thorax grâce aux denses franges de poils blancs de ses pattes antérieures, ses fameuses « manchettes », formant une prise antidérapante parfaite. Il recourbe ensuite son abdomen pour caler ses éperons noirs contre le pygidium de sa partenaire : loin d’être utilisées comme des armes, ces épines servent ici de verrous anatomiques pour garantir un alignement idéal. L’insémination est éclair, permettant à la femelle de stocker la semence qu’elle utilisera pour féconder ses futurs œufs. Cet acte bref scelle un véritable pacte d’alliance : en acceptant ces accouplements répétés, la femelle s’assure un accès exclusif au nectar de l’hysope, jalousement protégé des autres insectes par ce mâle hyperagressif. Une fois l’étreinte rompue, le colosse reprend aussitôt son vol stationnaire, prêt à chasser le prochain intrus.
Baldersheim, le 27 juillet 2926