Il est fréquent d’observer la buse variable (Buteo buteo) figée au sommet d’un arbre. En dépit de sa parure que l’on dit changeante, sa silhouette trapue s’identifie aisément. L’homme ne lui porte qu’une attention distraite, le rapace, que l’on sait méfiant, n’inspirant aucune crainte. Il n’en est pas de même pour les rongeurs, pour qui la vue ou le cri de la buse est un signal de panique absolue. L’instant de l’envol, ici figé, est singulier car il capture le moment exact où le corps de l’oiseau concentre toute son énergie pour la poussée. On y retrouve ce subtil mélange de puissance et de fragilité. D’un côté, les armes du rapace, le bec crochu et les serres jaune vif, figées dans un ultime effort, brillent de tous leurs feux, symboles de la force prédatrice. De l’autre, l’armure de plumes, le plumage brun du corps et des ailes, donne des signes de relâchement et s’ouvre, trahissant la tension et la vulnérabilité du corps avant qu’il ne trouve la portance. La buse bascule, abandonnant la rigidité de la veille. Le regard, chargé de détermination, marque la volonté de s’éloigner d’un perchoir trop exposé. Elle s’élance, transformant son corps massif en une force agile, à la recherche d’un poste plus discret pour reprendre sa surveillance ou engager la chasse.
La Petite Camargue Alsacienne, le 3 septembre 2025