Lorsque le temps est ensoleillé, c’est surtout le noir qui ressort. Il faut une journée maussade pour que les détails de son corps apparaissent en même temps que les yeux. Et c’est l’occasion de redécouvrir cet oiseau qui a une grande prestance. Les traits sont finement ciselés, les pattes délicatement chaussées. Même le bec a gagné en finesse. Si l’on fait abstraction de sa voie éraillée, on peut dire que la corneille noire ne manque pas de « classe ». Ce nouveau regard jeté sur l’oiseau est conforté par les qualités qu’on lui reconnaît par ailleurs, dont la plus manifeste est l’intelligence. Véritable stratège, elle a appris à résoudre des problèmes complexes, exploite sa mémoire spatiale et temporelle, et se montre capable d’anticiper les réactions de ses congénères. Cette acuité lui permet également d’identifier les visages qui présentent un danger, et d’apprendre de ses erreurs pour affiner sa survie. Une telle prouesse de l’évolution ne devrait guère surprendre : ne porte-t-elle pas une blouse anthracite… comme les instituteurs du début du siècle passé ?
Ensisheim, Belle-Île, le 22 octobre 2025