L’automne offre aux zones humides du Cotentin un contraste saisissant : d’un côté, les vastes marais blancs qui, bientôt inondés par l’eau douce, entrent en dormance hivernale. De l’autre, les prés salés — zones directement influencées par l’estran et la mer — qui se parent de teintes ardentes, évoquant non pas la tristesse, mais les couleurs vives de l’époque de la Toussaint. Ces nuances pourpres, qui rappellent celles des bruyères d’automne fleurissant traditionnellement les tombes, proviennent de deux plantes maîtresses, championnes de la survie en milieu salé. La première est la salicorne, cette plante charnue d’abord d’un vert franc, dont l’apparence segmentée rappelle de petits haricots de mer. À mesure qu’elle arrive à maturité, et sous l’effet conjugué du sel et du froid, elle synthétise des anthocyanes, de puissants pigments rouges qui la transforment en tapis écarlate. La seconde est la soude maritime qui forme des touffes ramifiées avec des feuilles fines et cylindriques. Elle adopte une stratégie similaire en concentrant les sels et en virant à des nuances de jaune orangé à rougeâtre en fin de cycle. Ces deux halophiles, en réaction biochimique à l’hostilité de leur milieu, gratifient le littoral d’une palette de feu vive et éphémère.
La réserve de Beauguillot, le 28 septembre 2025