Dolomède

Au royaume des eaux stagnantes, le dolomède règne en flibustier sans ailes, bravant l’élément liquide avec une audace singulière. Ce corsaire à huit pattes ne connaît pas les frontières de la terre ferme ; il arpente les miroirs d’eau d’une foulée légère, exploitant la tension de l’onde pour glisser de rive en rive. Fin navigateur, il sait dresser ses membres face à la brise, transformant son propre corps en esquif pour traverser les chenaux à la voile. Si le danger menace ou qu’une proie l’appelle, il se mue en plongeur émérite, emportant sous sa fourrure une armure d’air argentée pour coloniser les profondeurs. Posté en embuscade sur son îlot de verdure flottante, le chasseur écoute le monde à travers les frémissements de la surface, prêt à fondre sur le têtard ou l’insecte imprudent. C’est un prince de l’adaptation, un trait d’union vivant entre l’air, la terre et l’abîme, dont la silhouette fauve incarne toute la grâce sauvage et mystérieuse des marais.

Le Réservoir de Montreux-Jeune, le 20 juillet 2026