Enigme

« Je sors des ombres alors que l’hiver hésite encore à s’effacer. Mon costume est une déchirure, mon ombre une dentelle de feuilles mortes. Qui suis-je ? » 

Le premier soleil de mars est mon réveil-matin. Contrairement à mes cousins qui attendent sagement l’état de chrysalide, j’ai passé la mauvaise saison caché dans les anfractuosités de l’écorce, bravant le gel sous ma forme adulte. Sur ce mur baigné de lumière, ma silhouette se plaque pour capturer la moindre calorie. Observez bien mon ombre projetée sur le crépi : elle ne trace pas les courbes douces d’un papillon classique, mais les contours déchiquetés d’une feuille tourmentée par le vent. Si vous pouviez voir l’envers de mes ailes sombres, vous y découvririez, gravée comme une minuscule cicatrice, une virgule d’un blanc pur. C’est ce petit « C » d’albâtre qui me donne mon nom savant, tandis que mon allure découpée m’a valu celui d’un célèbre habitant des enfers. Je suis le robert-le-diable (Polygonia c-album), le premier acrobate des jardins printaniers.

Baldersheim, le 1er mars 2026