Envol du cormoran

Le grand cormoran (Phalacrocorax carbo), avec son allure sombre et imposante, est un oiseau qui multiplie les paradoxes biologiques. Il est un chasseur sous-marin d’une efficacité redoutable, mais c’est son succès dans l’eau qui lui impose les plus grandes contraintes à l’air libre. Son secret réside dans un plumage étonnant : contrairement à la plupart des oiseaux aquatiques, il est semi-perméable. Ce trait lui permet de se gorger d’eau et, par conséquent, d’éliminer l’air emprisonné dans ses plumes. Moins flottant, l’oiseau peut alors plonger profondément et poursuivre ses proies sans effort excessif, utilisant ses grandes pattes palmées, positionnées très en arrière, comme de puissants propulseurs. Cependant, cette adaptation a un prix. Alourdi et froid après la pêche, le cormoran devient un piètre aviateur. Son décollage est un moment laborieux où il doit « courir » sur l’eau, les ailes battantes, pour prendre l’élan nécessaire. Pour retrouver sa portance et sa chaleur corporelle, il est contraint d’adopter la posture de séchage iconique : immobile sur un perchoir, les ailes largement déployées, offrant au soleil et au vent sa surface maximale. Cette nécessité vitale le rend vulnérable, mais c’est le compromis qu’il doit accepter pour régner en maître dans les profondeurs.

Le Lac de Michelbach, le 30 octobre 2025