Ce canard posé sur un tronc immergé dans le marais est un harle bièvre femelle. Harlette est un prénom qui lui irait bien. Madame est en train de s’ébrouer pour remobiliser tous ses muscles et ajuster en même temps sa parure. Coquette, elle scrute notre regard pour juger de l’effet qu’elle produit encore sur ses admirateurs. Elle ne s’installe pas sur le devant de la scène du fait qu’elle craint le contact direct avec le public ; néanmoins, elle n’est pas insensible aux compliments qu’on lui fait. Il est vrai qu’elle porte une tenue qui l’avantage plutôt… Son plastron couleur crème contraste élégamment avec le gris-bleu de ses flancs. Ce n’est pas l’éclat flamboyant, mais une harmonie de tons naturels qui lui confère une grâce toute particulière. Sa tête rousse tirant sur le brun châtaigne est coiffée d’une petite huppe discrète, ajoutant une touche de sophistication à son profil. Elle incarne l’assurance tranquille d’une beauté qui sait se suffire à elle-même. Ses pattes palmées d’un rouge orangé vif, posées avec soin sur le bois sombre et mouillé, sont le seul véritable éclat de couleur qui trahit un tempérament de feu. Harlette, en s’ébrouant, ne fait pas que se toiletter ; elle répète un rituel qui est aussi une préparation à l’action. Sa posture, droite et attentive, la place à la lisière de deux mondes, faisant d’elle la reine discrète de cette scène aquatique.
La Petite Camargue Alsacienne, le 3 novembre 2025