On ne peut évoquer les habitants du Réservoir sans jeter un regard vers un autre fantôme des berges, le héron bihoreau. Alors que l’été brille de tous ses feux en ce mois de juillet, les nichées de cet oiseau discret ont accompli leur mue, et lorsqu’un éclaireur déploie ses ailes, c’est toute la tribu qui s’ébranle à sa suite pour de courts vols d’exercice. Ce ballet familial ouvre l’avant-propos d’un carnet de voyage fascinant, écrit à l’encre de la nuit. Nous n’en somme encore qu’à la préparation : durant un mois encore, la colonie va s’activer sur le réservoir pour accumuler les réserves vitales avant le grand départ de la fin août. Ce n’est qu’alors qu’ils s’élanceront au crépuscule pour un périple nocturne de quatre à cinq mille kilomètres vers l’Afrique subsaharienne. Le voyage se dessinera en pointillé, à cinquante kilomètres par heure, avec des haltes diurnes dans les feuillages du sud de la France ou de l’Espagne, avant le survol de la Méditerranée, l’escale marocaine et le saut de l’aride Sahara. En contemplant leurs entraînements sous le soleil de juillet, on anticipe déjà le vide que laissera leur absence à la fin de la saison, tout en admirant la rigoureuse préparation de ces futurs nomades du ciel.
Le réservoir de Montreux-Jeune, le 20 juillet 2026