Le bain du pèlerin

Le Faucon crécerelle est une silhouette familière, souvent aperçue en vol stationnaire ou posée sur un perchoir à la recherche de proies. C’est pourquoi l’observation d’un tel rapace en pleine toilette, et plus encore en train de prendre un bain, constitue un moment d’exception pour tout observateur. Fin septembre, au Rothmoos, c’est dans une mare isolée, à l’abri des regards, qu’il a choisi de s’immerger. Pour un oiseau, le bain n’est pas un luxe, mais un impératif de survie. Il prend une importance stratégique en période de mue, lorsque le plumage est renouvelé. L’eau permet de décoller les résidus, la poussière et les parasites, une étape vitale pour assurer la fonctionnalité et l’imperméabilité des nouvelles plumes. Après le bain, l’oiseau peut lisser et graisser plus efficacement son manteau, garantissant l’isolation thermique et la performance en vol. Cependant, ce moment d’hygiène s’accompagne d’un risque majeur. Complètement imbibé d’eau, le rapace perd sa légèreté et son aérodynamisme, le rendant extrêmement vulnérable à toute menace. L’oiseau, incapable de s’envoler rapidement, a dû batailler pour se hisser sur une branche et secouer l’excès d’eau. Ce n’est qu’après une lourde tentative qu’il a pu enfin s’arracher de l’eau et reprendre les airs, laissant derrière lui le souvenir précieux de cette intimité furtive.

Le Rothmoos, le 25 septembre 2025