Le goéland et sa proie

Au cours des six derniers mois, le niveau de la retenue d’eau de Michelbach n’a cessé de décroître pour atteindre un taux de remplissage alarmant de 50%, soit un peu moins de quatre millions de mètres cubes. Cette rétraction soudaine du volume d’eau a eu un effet immédiat sur la faune aquatique : poissons et crustacés se sont repliés dans un périmètre plus restreint, créant des conditions de pêche exceptionnelles pour la faune aviaire. Cette « pêche miraculeuse » n’a pas échappé aux échassiers, et le goéland leucophée s’est montré particulièrement opportuniste. Un vol plané à basse altitude lui a permis de découvrir des proies inattendues dans la boue et l’eau peu profonde. Un plongeon plus tard, l’oiseau s’envole avec son trophée au bec : une grosse écrevisse, si volumineuse qu’il a du mal à la maintenir. Sur l’espace enherbé et dégagé du bord de la retenue, la proie sera plus maniable pour être consommée. Ce festin est cependant le reflet d’un déséquilibre écologique. L’écrevisse capturée est très probablement l’écrevisse du Pacifique (Pacifastacus leniusculus), une espèce exotique invasive qui a colonisé ces plans d’eau, supplantant les écrevisses autochtones d’Alsace, comme la rare Écrevisse à pattes rouges, particulièrement sensibles aux maladies véhiculées par leurs cousines américaines. Le faible niveau de l’eau concentre ces populations opportunistes, les rendant faciles à repérer. Le goéland devra toutefois guetter ses congénères, toujours prompts à profiter d’une telle aubaine.
Le Plan d’eau de Michelbach, le 30 octobre 2025