Ils ont pris le dernier train migratoire et ont débarqué à l’arrêt « Octrois ». Sur la carte des zones Natura 2000, ils avaient repéré cette frange discrète d’arbustes et de végétation longeant le canal des Saumures. Vu du ciel, le lieu n’est qu’un confetti, mais il ne manque pas de charme. À peine leurs petites pattes posées, ils ont compris qu’ils n’étaient pas les premiers arrivants. Leurs cousins, les pinsons des arbres, leur ont immédiatement souhaité la bienvenue. Ils ont aussi croisé quelques bruants jaunes, ravis de retrouver de la compagnie après avoir été profondément chagrinés par le départ récent des tariers pâtres. Depuis que les pinsons du Nord ont posé leurs valises, la cohabitation a l’air de bien se passer. La nourriture n’est plus aussi abondante qu’en été, mais les arbustes épineux conservent une précieuse réserve de fruits et de graines, suffisante pour tenir quelque temps. Le climat, qui se rafraîchit lentement, ne les dépayse guère ; après tout, les grandes chaleurs ne sont pas leur tasse de thé. Pourtant, ils ne sont pas certains de passer tout l’hiver dans ce lieu. On murmure que les hêtraies du Sundgau et du Jura proche attirent chaque année des millions de congénères, organisant des rassemblements nocturnes dans d’immenses dortoirs collectifs. Une perspective qui pourrait bien les faire repartir.
Les Octrois, le 1 novembre 2025