Sieste

Dans les pays méditerranéens, la sieste est un maillon essentiel de l’art de vivre. Non pas que la vie s’organise autour de la sieste, mais pour bien vivre, il faut l’intégrer au rythme de la journée, surtout durant les périodes de canicule. Même dans les régions plus septentrionales et à la fin de l’automne, les canards pratiquent également cet art de vivre, et cette expression n’est nullement galvaudée : pour eux, la sieste se transforme réellement en une figure de patinage. Regardez plutôt l’attitude des deux canards, un colvert mâle aux couleurs éclatantes et une sarcelle d’hiver plus modeste, posés côte à côte sur une branche immergée. Ils forment un duo figé, l’un dominant l’autre par sa taille, mais unis dans une même grâce. Leurs cous sont rétractés, têtes basculées vers l’arrière, leurs becs enfouis profondément dans le plumage du dos, comme si l’ultime effort d’une pirouette les avait immobilisés. Leurs corps sont parfaitement alignés, dessinant une courbe élégante sur la ligne de flottaison. Sous le colvert, le reflet orange de sa patte palmée, tel un patin flamboyant, déchire l’eau sombre pour se jeter dans l’image miroir. Les reflets, étirés et subtilement distordus par les légères ondulations de la surface, deviennent une chorégraphie aquatique inversée. Ils créent l’illusion d’une suspension aérienne, figeant ces deux compagnons de repos en une figure de portées digne des plus grands ballets sur glace. Seule la lumière tremblante et les herbes de l’arrière-plan rappellent que ce mouvement a été volé à la quiétude.

Le Hohrain, le 30 octobre 2025