Somnolence

Sur le bois mort du marais, l’échassier d’acier fait face au vent léger. Le cou tendu, les yeux perçants, il sonde les alentours. Aucun signe ne vient troubler la quiétude du moment. Le temps s’étire. Le héron se détend, glissant vers une veille diminuée. Les yeux se referment au rythme de la digestion. Soudain, sans bruit, le bec s’ouvre démesurément large, une béance muette, les yeux plissés. C’est comme si l’échassier était pris d’un phénoménal bâillement. Cette ouverture n’est pas un signe d’alarme ou de menace, mais bien une manœuvre physiologique interne. L’engourdissement dû au repos et à la digestion ralentit le métabolisme. Le cerveau, moins sollicité, fonctionne au ralenti. L’acte de bâiller, cette dilatation des mâchoires, est une réinitialisation vitale. Elle provoque une augmentation subite de la fréquence cardiaque et un afflux d’oxygène au cerveau. ; elle interrompt l’état de somnolence naissante, et chasse la torpeur. Le héron s’assure ainsi de retrouver la vigilance totale, prête à réagir au moindre danger ou à l’apparition d’une proie.

La Petite Camargue Alsacienne, le 9 octobre 2025